Les ignobles

de Huguette Conilh

Éditions L'ivre-book

 

 

Résumé :

Ils sont les ignobles, victimes de leur différence, souffre-douleur des cours d’école, les proies de l’ignorance que l’intolérance met en marge de la société. Pour échapper au tableau des opprobres, Camille a préféré couper les ponts avec sa famille. Jusqu’au jour où la mort de ses parents dans l’incendie de leur maison l’oblige à reprendre le chemin de la Vienne. Il recueille alors son frère cadet, Mathis, un adolescent torturé par la culpabilité de n’avoir pu sauver ses parents.

 

Mon avis :

"Les ignobles" est un de ces romans profonds, qui aspire votre âme et vous fait vivre l'histoire dans la peau de ses personnages. C'est un roman qui engendre une frénésie de lecture, tant on s'attache à ces protagonistes et tant on veut connaître le dénouement.

Mais "Les ignobles" n'est pas un simple roman bien écrit avec une histoire qui nous transcende. Il est bien plus que cela. C'est un message. Un message de tolérance, de compassion et de liberté.

 

La nouvelle "Cas mille", d'Huguette Conilh, également publiée en numérique aux éditions l'Ivre-book (gratuitement) n'était que le prologue des "Ignobles". Cette nouvelle, que j'ai également chroniquée, était incroyablement écrite, tant par son style fluide, que par l'intensité de ce court épisode de vie. Mais ce n'est que lorsqu'on a lu le roman que la nouvelle trouve tout son sens. Elle pourrait être aussi bien l'extension du roman qu'elle n'en est le prologue ! Beaucoup de faits révélés dans le roman permettent de comprendre la nouvelle et tout le travail sophistiqué d'écriture de l'auteure nous apparaît alors. Chapeau bas, Mme Conilh !

 

Mais revenons à ce roman. Dans le premier chapitre, Norbert, un type apathique, ronchon et peu aimable, vient de perdre sa femme. Dans le second, nous retrouvons Camille (le jeune homme mit en scène dans la nouvelle "Cas mille"), à l'enterrement de ses parents, morts dans un incendie. Il devient le tuteur de son petit frère Mathis, celui-là même qu'il avait abandonné, à contre-cœur, quelques années auparavant (voir "Cas mille") pour échapper aux préjugés et à l'intolérance de sa propre famille, face à son homosexualité. Seul Mathis n'était pas au courant de l'orientation sexuelle du grand frère qu'il vénérait tant, avant qu'il ne fuie, sans lui fournir de réelles explications.

 

Voilà donc Camille, tuteur de son frère, le ramenant chez lui. Comment Aaron, le colocataire de Camille, très maniaque, va-t-il réagir face à ce nouvel arrivant qui va perturber l'équilibre fragile de sa vie ? Cet ado rebelle, mal dans sa peau, ne trouvant plus sa place dans la société, va-t-il parvenir à s'intégrer dans la vie routinière de son frère ? Comment un adolescent en pleine puberté et construction de son identité réagira-t-il en apprenant l'homosexualité de son frère ? Comment le propriétaire des deux colocataires, un certain Norbert, verra l'intrusion de cet adolescent dans son univers glauque ? Camille parviendra-t-il à trouver un équilibre entre sa vie actuelle et les fantômes de son passé qui le hantent suite à l'arrivée de Mathis ?

 

Ce sont des personnages torturés que nous présente Huguette Conilh, une fiction contemporaine, basée sur une histoire vraie, ce qui en décuple toute l'intensité. Des protagonistes qu'apparemment tout oppose, mais que la douleur de leurs passés va rapprocher.

Je ne raconterai pas davantage l'histoire, car il faut la lire pour la vivre et la comprendre. Néanmoins, j'ai été sidéré par l'évolution des personnages. Le tableau de départ est déjà noir : un jeune homme rejeté par la société à cause de son orientation sexuelle ; un garçon qui vient de perdre ses parents dans un incendie qui lui fait faire des cauchemars toutes les nuits ; un colocataire au passé torturé ; un vieux monsieur en fauteuil roulant sans aucune raison de vivre...

J'ai été fasciné de voir avec quelle habileté Huguette Conilh parvient à enfoncer encore ses personnages aux situations déjà complexes, au point qu'à un certain moment du roman je me suis demandé s'il allait y avoir un happy end ! Tous ces personnages semblent prendre des directions diamétralement opposées, ne parvenant ni à se comprendre, ni à renoncer au fragile équilibre illusoire de leurs vies pour aider l'autre. Mais le jeune Mathis pourrait bien être la clé de la réconciliation de mondes inaccordables au premier abord !

 

Vous l'aurez compris : la psychologie de ces personnages est extrêmement bien travaillée, les rendant plus vivants que vivants, plus attachants que s'ils étaient réels. Ajoutez à cela des rebondissements auxquels le lecteur ne s'attend pas (ce qui est assez rare dans un livre pour être souligné ici) : vous obtenez un excellent roman qui tient en haleine et qui fera ressortir toute la panoplie des émotions humaines.

J'ai tremblé avec Camille ; j'ai frissonné d'effroi avec Aaron ; j'ai ressenti du dégoût, puis de la compassion pour Norbert ; enfin j'ai pleuré avec Mathis. Voilà pourquoi "Les ignobles" est un de ces romans dont on ne ressort pas indemme, un livre qui nous transforme car il nous fait voir les choses autrement lorsqu'on a tourné la dernière page, un texte puissant, jouant avec nos émotions, qui balaye tous les préjugés de notre société pour nous rendre notre humanité !

Je n'ai pas honte de dire que j'ai eu peur pour ces personnages, que j'ai pleuré avec Mathis, que j'ai ri devant les réactions de Camille : je pense que les grands romans qui nous laissent empreints de leur lecture et qui peuvent changer nos vies sont ceux qui nous ont fait vibrer.

 

"Les ignobles" est sans conteste mon coup de cœur de ce début 2015. Un roman qui prend aux tripes, qui traite d'un sujet contemporain avec subtilité, mais sans langue de bois. Avec ce roman basé sur une histoire vraie, Huguette Conilh parvient admirablement à faire passer son message de tolérance et de liberté.

 

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